Algérie : première apparition publique du président Tebboune depuis près de deux mois

Abdelmadjid Tebboune, président de l'Algérie

Pour la première fois depuis près de deux mois, le président algérien Abelmadjid Tebboune est apparu dimanche à la télévision publique, expliquant être « en convalescence » pendant encore deux ou trois semaines.

Quelques mots rassurants après des mois de silence. Le président algérien Abelmadjid Tebboune est apparu, dimanche 13 décembre, à la télévision publique pour la première fois depuis près de deux mois, et 6 semaines après son hospitalisation en Allemagne pour être soigné du Covid-19.

« Je suis en convalescence. Cela va prendre encore deux ou trois semaines pour que je reprenne mes forces physiques », a déclaré le président âgé de 75 ans, visiblement amaigri, dans un « discours au peuple » prononcé au lendemain du 1er anniversaire de sa victoire électorale.

Alors que son absence prolongée avait alimenté rumeurs et désinformation, le chef de l’État a promis d’être de retour parmi les Algériens « dans les plus brefs délais », dans ce discours sur son compte Twitter relayé par la télévision publique.

La dernière apparition publique de Abelmadjid Tebboune remontait au 15 octobre lorsqu’il avait rencontré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. Plusieurs fois, les autorités algériennes ont annoncé le retour « prochain » du président au pays depuis son hospitalisation en Allemagne.

Incarnation d’un pays dans l’impasse

Dès le 24 octobre, le président, grand fumeur, s’était mis volontairement à l’isolement après avoir été en contact avec des responsables contaminés par la maladie du Covid-19. Il a ensuite été admis le 28 octobre dans « l’un des plus grands établissements spécialisés » d’Allemagne » après avoir contracté le virus.

Arrivé au pouvoir le 12 décembre 2019 avec des velléités réformatrices, Abelmadjid Tebboune incarne aujourd’hui un pays dans l’impasse et des institutions bloquées. Comme un retour vers le passé, après les espoirs du mouvement de contestation (« Hirak »).

L’absence du chef de l’État a replongé l’Algérie dans les affres humiliantes de la fin du règne de son prédécesseur Abdelaziz Bouteflika. Frappé par un AVC en 2013, ce dernier avait continué, impotent et aphasique, à assumer la charge présidentielle avant d’être chassé du pouvoir en avril 2019 par le Hirak.

L’incertitude politique avait poussé certaines voix à réclamer l’application de l’article 102 de la Constitution, relatif à la vacance du pouvoir, afin d’éviter une crise institutionnelle. En cas de maladie ou de démission du président, il revient au Conseil constitutionnel de constater l’état d’empêchement du chef de l’État.

C’est le président par intérim du Sénat, en l’occurrence Salah Goudjil, un ancien combattant de la guerre d’indépendance âgé de 89 ans, qui assure l’intérim pendant une période maximale de 90 jours, en attendant l’élection d’un nouveau président. Pilier du régime, l’armée reste elle la grande muette.

Un manque de légitimité

Officiellement, Abelmadjid Tebboune tient toujours les rênes de l’État. Mais ce dernier n’a pu exercer aucune de ses prérogatives depuis près de deux mois : il n’a pas promulgué la nouvelle Constitution – projet phare de son programme électoral -, ni signé la loi de Finances 2021.

Élu lors d’un scrutin largement boudé par la population et de ce fait souffrant d’un manque de légitimité, il avait d’abord tendu la main au « Hirak béni », mouvement antirégime suspendu en raison de l’épidémie Covid-19. Il avait aussi promis de bâtir une économie « forte et diversifiée », à même de réduire l’hyperdépendance de l’Algérie aux hydrocarbures.

Un an après la présidentielle, force est de constater que des militants du Hirak, des opposants politiques, des journalistes et des blogueurs proches de la contestation sont toujours la cible de poursuites judiciaires, quand ils ne sont pas emprisonnés.

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